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SÉMIOTIQUE |
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SÉMIOTIQUE, subst. fém. et adj.
I. − MÉD., vx
A. − Subst. fém. Synon. de sémiologie (v. ce mot A).Les moyens nouveaux de diagnostic que la physique et la chimie offrent sans cesse à la sémiotique (Cl. Bernard, Introd. méd. exp., 1865, p. 234).Les progrès de la sémiotique nous permettent également de mieux dépister aujourd'hui les localisations viscérales légères (Teissier dsNouv. Traité Méd.fasc. 21928, p. 276).
B. − Adj. Synon. de sémiologique (v. ce mot A).La division qu'Erotien a adoptée est en livres sémiotiques; livres relatifs à la recherche des causes (Littré, Introduction aux Oe. compl. d'Hippocrate, t. 1, 1839, p. 99 ds Rob. 1985).
II. − COMMUN., LING.
A. − Subst. fém.
1. Théorie générale des signes dans toutes leurs formes et dans toutes leurs manifestations; théorie générale des représentations, des systèmes signifiants. Synon. plus fréq. sémiologie.Sémiotique appliquée, descriptive, pure:
1. C'est [...] en créant la logique des relations, qu'un des premiers axiomaticiens, Charles Sanders Peirce, revendique la nécessité d'une science traitant des significations, de leur convertibilité intersystémique et de leur relation à l'ordre matériel: la sémiotique. Pour Peirce, la sémiotique n'est qu'un autre terme pour désigner la logique dans un sens élargi, c'est-à-dire comme « la théorie quasi nécessaire ou formelle des signes ». Encyclop. univ.t. 141972, p. 861.
2. Étude des pratiques, des comportements et des phénomènes culturels conçus comme des systèmes signifiants. Synon. sémiologie (v. ce mot B 2 b).La sémiotique (...) se donne pour but l'exploration du sens. Cela signifie qu'elle ne saurait se réduire à la seule description de la communication (définie comme transmission d'un message d'un émetteur à un récepteur): en l'englobant, elle doit pouvoir rendre compte d'un procès beaucoup plus général, celui de la signification (J. Courtés, Introd. à la sémiotique narrative et discursive, 1976, p. 33):
2. Se gardant (...) de s'édifier comme une science d'un sens, la sémiotique soucieuse d'une typologie des systèmes signifiants se donne des objets parmi les pratiques sociales, les envisage comme des systèmes signifiants, et cherche les règles concrètes de la construction des effets de sens dans ces divers systèmes. Encyclop. univ.,t. 141972, p. 862.
♦ Sémiotique littéraire, musicale, picturale, discursive, etc. Étude des faits littéraires, musicaux, du discours, etc. envisagés comme systèmes de signes. L'outillage méthodologique dont dispose la sémiotique discursive à l'heure actuelle ne correspond pas − ou plutôt pas encore − aux exigences de l'analyse des textes littéraires complexes (A.-J. Greimas, Maupassant. La Sémiot. du texte: exercices prat., 1976, p. 9).La sémiotique lexicale se définit classiquement par une syntaxe, une sémantique et une pragmatique (A. Rey, Le Lex.: images et modèles du dict. à la lexicol., 1977, p. 161).
3. En partic. [Chez Hjelmslev et les sémioticiens s'inscrivant dans le même cadre théorique]
a) Système structuré de signes, système signifiant (linguistique ou non). Sémiotique linguistique. Sémiotique dénotative. Sémiotique constituée d'une expression et d'un contenu, c'est-à-dire dont ni l'expression ni le contenu ne sont à eux seuls une sémiotique. Sémiotique connotative. Sémiotique dont l'expression est une sémiotique. Sémiotique métalinguistique. Sémiotique dont le contenu est une sémiotique. Un métalangage est un système dont le plan du contenu est constitué lui-même par un système de signification; ou encore, c'est une sémiotique qui traite d'une sémiotique (R. Barthes, Le Degré zéro de l'écriture, Élém. de sémiologie, 1968 [1964], pp. 163-164):
3. On peut désigner par L une « sémiotique linguistique » (c'est-à-dire une « langue » dans le sens traditionnel des linguistes, et en y comprenant le texte, ou syntagmatique linguistique). (...) il sera supposé (...) que l'objet de l'investigation soit une seule sémiotique (...) il sera supposé également (...) que la sémiotique envisagée ne soit ni une sémiotique connotative ni une métasémiotique. De fait et pratiquement, le lecteur pourra se représenter un état de langue ordinaire, ou, au besoin, une sémiotique non-linguistique qui (...) ressemble le plus à un état de langue ordinaire. L. Hjelmslev, La Stratification du langage, 1954ds Essais ling., 1971, pp. 49-50.
b) [P. oppos. à sémiologie] Système signifiant scientifique. V. sémiologie B 3.
B. − Adjectif
1. Qui relève de la sémiotique (ou de la sémiologie), qui appartient à la sémiotique. Analyse, démarche, méthodologie sémiotique. Chez Louis Hjelmslev et avec le cercle de Copenhague, le projet sémiotique prend un aspect plus théorique et davantage détaché des spécificités propres au matériau langagier et au système signifiant particulier (Encyclop. univ. op. cit., p. 862).S'il est un domaine où les recherches sémiotiques semblent avoir réussi à établir leurs quartiers, c'est bien celui de l'organisation syntagmatique de la signification (A.-J. Greimas, Maupassant. La Sémiot. du texte: exercices prat., 1976, p. 7).
2. Qui relève de la signification, qui appartient à la signification. La nature de la langue, sa fonction représentative, son pouvoir dynamique, son rôle dans la vie de relation font d'elle la grande matrice sémiotique, la structure modelante dont les autres structures reproduisent les traits et le mode d'action (É. Benveniste, Probl. de ling. gén., II, Sémiologie de la lang., 1974 [1969], p. 63).Une sémiotique construite à partir du langage (et on n'en connaît pas d'autre, pour l'instant) doit renoncer à l'étude du problème central de tout système sémiotique, qui est celui de la signification (Ducrot-Tod. 1972, p. 121).
− Empl. subst. masc.
♦ sing. à valeur de neutre. De l'emblématique ou sémiotique (G. Gauthier, Vingt leçons sur l'image et le sens, Paris, Édilig, 1982, p. 83).
♦ [Chez É. Benveniste, p. oppos. au sémantique] Mode de signifiance propre au signe dans le code, indépendamment de son (ou ses) sens en discours. La sémiotique désigne le mode de signifiance qui est propre au SIGNE linguistique et qui le constitue comme unité. (...) Avec le sémantique, nous entrons dans le mode spécifique de signifiance qui est engendré par le DISCOURS (...). Le sémiotique (le signe) doit être RECONNU; le sémantique (le discours) doit être COMPRIS (É. Benveniste, Probl. de ling. gén., II, Sémiologie de la lang., 1974 [1969], pp. 64-65).
3. PSYCHOL. Fonction sémiotique. Capacité, propre à l'homme, d'utiliser des signes, des symboles. Synon. fonction symbolique*.Cette capacité de représentation, souvent appelée « fonction sémiotique » ou « symbolique » − caractérisée par la construction ou l'emploi de symboles personnels et intérieurs (...) ou susceptibles d'être partagés (...) ou encore de signes conventionnels et sociaux (...) − joue un rôle central dans le développement de la pensée (Les Bébés et les choses, Paris, P.U.F., 1982, pp. 122-123).
Rem. Sur la concurrence sémiotique/sémiologie, v. sémiologie rem.
REM. 1.
Séméiotique, subst. fém.,var.
2.
Sém(é)io-,(Sémio-, Séméio-) élém. formanttiré du gr. σ η μ ε ι ο- de σ η μ ε ι ̃ ο ν « signe », entrant dans la constr. de qq. mots, dans le domaine de la ling. et de la sémiot. et indiquant l'idée d'indice, de signe.V. sémiographie, sémiographique (dér. s.v. sémiographie), sémiologie, séméiologie (rem. s.v. sémiologie), sémiologique, séméiologique (rem. s.v. sémiologique), sémiologue (dér. s.v. sémiologie), sémiotique, séméiotique (rem. supra), sémioticien (infra dér.) et aussi
Sémiogenèse, subst. fém.,,Formation des signes, d'un système de signes``. Un langage spécifique, ou plus exactement un langage considéré dans ce qu'il a de spécifique et qui trouve dans la langue des moyens d'actualiser cette spécificité. Mais qui ne les trouve qu'en partie, c'est pourquoi il est une sémiogenèse, une invention du langage (Langage, 1968, p. 457).
Prononc. et Orth.: [semjɔtik]. Ac. 1762: -méïo-; 1798-1878: -méio-; 1935: -méio-, -mio-. Étymol. et Hist. 1. 1555 semeiotique « partie de la pathologie qui traite des signes auxquels on reconnaît les maladies » (Vidius, Les Anciens et Renommés Auteurs de la medecine et chirurgie, p. 922); 1628 semiotique « id. » (Paré, Œuvres, XX, 2epart., 23, éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 3, p. 203), att. ds la lexicogr. dep. Trév. 1732, supplanté par sémiologie et surtout par symptomatologie; 2. 1954 adj. et subst. (L. Hjelmslev, La Stratification du langage ds Essais ling., p. 38: considérer le langage comme un cas particulier de système sémiotique [...] situer la linguistique dans les cadres d'une sémiotique (ou sémiologie) générale); 3. 1967 « science générale des signes » (A. Rey ds Le Monde, 13 sept., p. 10). Empr. au gr. η ̔ σ η μ ε ι ω τ ι κ η ́ (s.-ent. τ ε ́ χ ν η) « la diagnostique ou observation des symptômes » (fém. de σ η μ ε ι ω τ ι κ ο ́ ς « apte à noter; qui concerne l'observation »); au sens 2 le mot a été empl. par Hjelmslev en dan. en 1943 et en angl. en 1953. En ling., log. et philos. du lang., l'ext. du mot est due également à l'infl. de l'angl. et de l'amér. semiotic, semiotics (d'abord chez Charles Sanders Peirce au sens de « théorie formelle ou quasi-nécessaire des signes », en 1897 (v. NED Suppl.2), cependant que σ η μ ε ι ω τ ι κ η ́ avait été empl. dès 1655 au sens de « science des signes » par le philosophe angl. John Locke dans son Essai sur l'entendement humain (livre IV, chap. 21, v. éd. M. Thurot, t. 6, p. 305); sur les concepts recouverts par les mots sémantique, sémiologie, sémiotique dans les différentes traditions et approches, v. A. Rey, Théories du signe et du sens, t. 2 (en partic. pp. 285-303) et A.-J. Greimas ds Signe, langage, culture, pp. 13-27.
DÉR.
Sémioticien, -ienne, subst.Spécialiste de sémiotique. La lecture qu'on propose ici d'un conte littéraire se veut un échantillon d'exercices pratiques, c'est-à-dire l'illustration des rencontres du sémioticien (...) et du texte, qui lui oppose tantôt son opacité tantôt une transparence qui ne fait que réfléchir les jeux à multiples facettes qui y sont inscrits (A.-J. Greimas, Maupassant. La Sémiot. du texte: exercices prat., 1976, p. 7).− [semjɔtisjε ̃]. − 1resattest. a) 1765 méd. séméioticien « médecin qui s'occupe des signes ou symptômes des maladies » (Encyclop. t. 15, s.v. signe), attest. isolée, b) 1972 ling. (Ling., s.v. sémiotique); de sémiotique, suff. -ien*; l'angl. semiotician est att. chez C. Morris dès 1946 (v. NED Suppl.2). Au sens a cf. séméiologiste (1765, ibid. et 1830, Encyclop. méthod. Méd. t. 13, s.v. séméiotique, p. 6) et au sens b sémiotiste (Hjelmslev, La Stratification du langage, 1954 ds Essais ling., p. 53).
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SÉMIOLOGIE |
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SÉMIOLOGIE, subst. fém.
A. − MÉD. Partie de la médecine qui étudie les symptômes et les signes cliniques traduisant la lésion d'un organe ou le trouble d'une fonction. Synon. sémiotique (vx), symptomatologie.La neuro-physiologie illustre parfaitement ce que la méthode anatomo-clinique a pu réaliser avec l'appoint simultané de la sémiologie, de l'histologie et de l'expérimentation (Bariéty, Coury, Hist. méd., 1963, p. 657):
1. ... après quelques oscillations on observe une fixité remarquable, subsistant longtemps et témoignant de l'exagération de l'équilibre volitionnel statique alors que l'équilibre volitionnel cinétique est déficient comme le montre l'hypermétrie. Babinski a complété l'ensemble magistral de cette sémiologie cérébelleuse en étudiant parallèlement la déséquilibration vestibulaire par l'étude des mouvements réactionnels, par l'épreuve qu'il a proposée du vertige voltaïque. Ce que la Fr. a apporté à la méd., 1946 [1943], p. 262.
B. − COMMUN., LING.
1. [Notamment chez F. de Saussure] Étude générale, science des systèmes de signes (intentionnels ou non) et des systèmes de communication:
2. On peut (...) concevoir une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale; elle formerait une partie de la psychologie sociale, et par conséquent de la psychologie générale; nous la nommerons sémiologie (...). Elle nous apprendrait en quoi consistent les signes, quelles lois les régissent. (...) La linguistique n'est qu'une partie de cette science générale, les lois que découvrira la sémiologie seront applicables à la linguistique, et celle-ci se trouvera ainsi rattachée à un domaine bien défini dans l'ensemble des faits humains. Sauss.1916, p. 33.
2. En partic.
a) Étude des systèmes de communication (incluant ou non les langues naturelles) posés et reconnus comme tels par l'institution sociale (code de la route, signaux maritimes, etc.). Une « sémiologie de la communication », c'est-à-dire (...) une discipline qui étudie les structures sémiotiques ayant la communication pour fonction, qu'elles soient ou non des langues (L.-J. Prieto, Pertinence et prat., essai de sémiologie, 1975, p. 11):
3. ... tous les post-saussuriens (...) ont constitué (...) les bases solides d'une sémiologie qui serait d'abord la description du fonctionnement de tous les systèmes de communication non linguistiques, depuis l'affiche jusqu'au code de la route, depuis les numéros d'autobus ou de chambres d'hôtel jusqu'au code maritime international des signaux par pavillons. G. Mounin, Introd. à la sémiologie, 1970, p. 11.
b) Étude des pratiques signifiantes, des significations attachées aux faits de la vie sociale et conçus comme systèmes de signes. Synon. plus fréq. sémiotique (v. ce mot II A 2 et sémiologique B ex. de E. Benveniste).La sémiologie (...) a pour objet tout système de signes, quelle qu'en soit la substance, quelles qu'en soient les limites: les images, les gestes, les sons mélodiques, les objets et les complexes de ces substances que l'on retrouve dans des rites, des protocoles ou des spectacles constituent, sinon des « langages », du moins des systèmes de signification (R. Barthes, Le Degré zéro de l'écriture, Élém. de sémiologie, 1968 [1964], p. 79).
♦ Sémiologie littéraire, théâtrale, de l'art, du cinéma, de la peinture, etc. Étude des faits littéraires, théâtraux, cinématographiques, artistiques, etc. envisagés comme systèmes de signes. Une chose au moins est sûre: aucune sémiologie du son, de la couleur, de l'image ne se formulera en sons, en couleurs, en images. Toute sémiologie d'un système non-linguistique doit emprunter le truchement de la langue, ne peut donc exister que par et dans la sémiologie de la langue (É. Benvéniste, Probl. de la ling. gén., II, Sémiologie de la lang., 1974 [1969], p. 60).Il faut rappeler la condition fondamentale de toute sémiologie picturale: l'indissociabilité du visible et du nommable comme source du sens (Encyclop. univ.t. 141972, p. 863).
c) CARTOGR. Sémiologie graphique. ,,Étude des signes graphiques, de leurs propriétés et de leurs rapports, avec les éléments d'information qu'ils expriment`` (George 1984).
3. [Chez Hjelmslev, p. oppos. à sémiotique] Système signifiant non scientifique. Hjelmslev, tout en gardant le terme de Saussure, le dote d'une définition précise: il entend par sémiologie la métasémiotique scientifique dont la sémiotique-objet n'est pas scientifique (Greimas-Courtés1979).
4. [Dans la ling. de G. Guillaume] Système des signifiants. V. sémiologique B.
Rem. Sémiologie se trouve concurrencé, dans certaines accept. par sémiotique (supra B 2). Cette concurrence relève essentiellement de deux filiations théoriques: celle de F. de Saussure qui avait formé le projet d'une sémiologie et celle de Ch. S. Peirce qui utilise le terme de « semiotics » trad. par sémiotique. Toutefois, si la limite entre sémiologie et sémiotique est mal fixée (sauf dans la théorie glossématique de Hjelmslev), il s'agit là de deux domaines en cours de constitution: pour certains (R. Barthes) la sémiotique s'applique à un système particulier, la sémiologie étant une science générale qui regroupe diverses sémiotiques; pour d'autres, au contraire, la sémiotique suppose un domaine d'étude plus large que celui de la sémiologie.
REM.
Séméiologie, subst. fém.,var. rare (sauf dans l'accept. méd.). a) Méd. Guyon a fixé les règles de l'examen physique des reins et a précisé la séméiologie de ces deux grands symptômes urinaires qui se montrent dans la plupart des affections chirurgicales des reins, l'hématurie et la pyurie (Ce que la Fr. a apporté à la méd., 1946 [1943], p. 215).b) Commun. Ce qu'il y a de plus profond dans l'histoire spirituelle de l'humanité c'est la compréhension du signe, et toute grande philosophie est une séméiologie; découvrir le chiffre du monde et pouvoir ainsi en révéler le langage, tel est l'objet du désir fondamental de l'homme (Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p. 47).
Prononc. et Orth.: [semjɔlɔ ʒi]. Ac. 1762: séméïologie; 1798-1878: -méio-; 1935: -méio-, -mio-. Étymol. et Hist. 1. 1752 séméïologie, sémiologie méd. « symptomatologie » (Trév.); 2. a) 1916 « science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » (Sauss., loc. cit.); b) 1967 en partic. sémiologie graphique (J. Bertin, Sémiologie graphique. Les diagrammes. Les réseaux. Les cartes [titre]). Formé du gr. σ η μ ε ι ̃ ο ν « signe » et λ ο ́ γ ο ς « discours » (v. -logie).
DÉR.
Sémiologue, subst.,commun. Spécialiste de sémiologie. Le sémiologue (...) dira (...) à quel niveau du système sémantique de la Mode, l'économie et la sociologie rejoignent en pertinence sémiologique: au niveau de la formation du signe vestimentaire par exemple, ou à celui des contraintes associatives (tabous) ou à celui du discours de connotation (R. Barthes, Le Degré zéro de l'écriture, Élém. de sémiologie, 1968 [1964], p. 170).− [semjɔlɔg]. − 1reattest. 1964 id.; de sémiologie par substitution de l'élém. -logue* à l'élém. -logie*.
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HEIDEGGER ET L'ART ... |
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HEIDEGGER, L’ART, LA TECHNIQUE (PAR JEAN-FRANÇOIS COURTINE)
Conférence de Jean-François Courtine
Heidegger, l’art, la technique
Résumé de la première séance
(lundi 3 février 2014)
Dans cette première séance, il s’est agi de montrer en quoi la pensée de Heidegger sur l'essence de la technique était redevable aux deux essais de Ernst Jünger sur la « totale Mobilmachung » (La Mobilisation totale 1930, traduit par Marc Buhot de Launay dans L'État universel, TEL, Gallimard, 1990) et sur la figure du travailleur (Le Travailleur, 1932, traduit par Julien Hervier, Christian Bourgois, 1989). Ces essais témoignent de l'acuité du regard de l'écrivain allemand sur le monde moderne dominé par la technique. Jünger – alors auteur connu pour ses célèbres récits de guerre, Les orages d'acier, Le Boqueteau 125 etc. – y met en lumière certains traits de la technique moderne qu’il analyse sous l’angle de la « mobilisation du monde par la figure du Travailleur ». Cette « figure » (all. die Gestalt) du « Travailleur » (all. der Arbeiter) est à concevoir comme un nouveau type humain propre à l'époque moderne. C’est un type universel qui ne saurait être rapporté à une classe sociale au sens où l’entendait Marx (et les courants de pensée qui s’en réclament auxquels Jünger s’opposait). La figure du « Travailleur » serait plutôt, ainsi que devait le remarquer Heidegger plus tard, « une sobre dénomination de ce que Nietzsche appelle le surhomme » [GA 90, p. 257].
Quoi qu’il en soit, pour Jünger, le formidable bouleversement qui s’était accompli avec la Grande Guerre exigeait un nouveau regard, une nouvelle manière de voir clair dans ce qui est. Avec la guerre industrielle et totale, c’est le « caractère de puissance inhérent à la technique » qui se serait dévoilé. Jünger aborde ce phénomène de la technique moderne en en excluant « tout élément économique ou progressiste » (Le Travailleur, p. 207). Ce processus dynamique de la « mobilisation totale » sous la figure du « Travailleur » a encore pour caractéristique d’échapper à tout contrôle et pour conséquence de transformer le monde d'un côté en un « gigantesque chantier perpétuel » et de l'autre en « un musée » (ibid. p.253). Dans cette perspective, une mobilité sans limites (ni dans le temps, ni dans l’espace) et un incessant affairement organisationnel créent « un mode de vie [qui] ressemble […] à une course mortelle où il faut bander toutes ses énergies pour ne pas rester sur le carreau » (ibid. p.223).
Dans un deuxième temps, on s’est efforcé de montrer en quoi la réflexion heideggérienne sur la technique se distinguait de celle de Jünger [1]. On a ainsi rappelé que, mu par la relecture/réinterprétation de l’œuvre de Nietzsche et par ses analyse du "nihilisme" comme trait de l'époque contemporaine, Heidegger avait articulé certains aspects de la description de Jünger à sa propre conception de l'histoire de la métaphysique entendue comme « histoire de l'être » (Seinsgeschichte). Il a alors été question plus particulièrement d’un "concept" clé de la réflexion de Heidegger, celui de la Machenschaft – un mot qu’on rend d’ordinaire par "machination", "manœuvre", "manigance", mais qui désigne dans le contexte le "règne de l'efficience", de la "faisabilité". Le mot est formé à partir du verbe allemand machen "faire".
La Machenschaft préfigure et annonce, dans le cheminement heideggérien, le fameux Gestell – "dispositif d'arraisonnement" ou "dispositif", autre « Grundwort » (terme fondamental) qui désigne, à partir de la fin des années 1940, « l'essence de la technique » (das Wesen der Technik). Dans cette dernière expression, il faut souligner que Wesen (essence) ne doit pas être compris de la manière abstraite et anhistorique qui est traditionnellement associée à la notion d’essence ou d’essentia. Au contraire, dans l’usage qu’en fait Heidegger, Wesen doit être entendu comme ce qui porte, de manière sous-jacente et immédiatement inapparente, le déploiement du phénomène auquel il est associé (ici la technique) et ce dans une temporalité spécifique, en l’occurrence celle de l'être, temporalité qui diffère de la conscience historique que les hommes en ont.
Cette analyse de la Machenschaft a été esquissée en fin de séance à partir de la lecture du début du § 61 des Beiträge zur Philosophie (traduit en français récemment sous le titre: Apports à la Philosophie, cf. texte 1 de l'exemplier distribué). L'accent a été mis sur un paradoxe tout à fait surprenant : ce qui étend son règne sans partage aujourd'hui, à savoir le déferlement planétaire de la toute puissance de la technique (et les types de rapports au monde et à ce qui est qui en est induit), aurait son noyau germinatif dans une « décision » [2] de la philosophie grecque, décision qui se lit dans les œuvres de Platon et d’Aristote [3] réinterprétées en la circonstance (non sans une certaine violence herméneutique) par Heidegger. Cette « décision » aurait tenu dans le fait de penser la « nature » (en grec, la phusis, φύσις) à l'horizon de la technè (« le « savoir faire », « l’art » gr. τέχνη) comme « fabriquer », comme « faire humain ». Ce moment originaire de la Machenschaft aurait constitué le premier temps d’une Entmachtung de la phusis (comprendre « d’une "dépotentialisation" », « de l'évidement du pouvoir de la nature », de son « émasculation », pourrait-on presque dire en forçant le trait). Cette Entmachtung de la nature ne se peut comprendre que relativement à la conception de la phusis qui, selon Heidegger, prédominait chez les premiers penseurs grecs avant donc Platon et Aristote. Chez ces penseurs qualifiés significativement par Aristote de « physiologues », (oi phusiologoi = « ceux qui parlent de et à partir de la nature »), dominait la représentation d’une phusis sur-puissante (übermächtig) à ce point que toute pensée (noein, νοεῖν) et toute parole (logos, λόγος) étaient éprouvées comme appartenant au déploiement essentiel de la phusis (exemplier, texte n°3).
En contrepoint, on peut aussi se faire une idée de la « surpuissance » de la nature en prenant la mesure de la violence et du pouvoir propres de la technè qui y répond en relisant avec les lunettes de Heidegger (et de Hölderlin – cf. GA 40, p.168, texte 5 de l'exemplier, v. aussi le cours sur « L’Ister » GA 53, été 1942) le premier Stasimon (« chant » qu’exécutait le chœur dans la Tragédie antique) de l’Antigone de Sophocle. Heidegger commente en effet « τὸ μηχανόεν τέχνας [...] ἔων » des v. 364-365 en s’appuyant sur ce terme de Machenschaft qu’il comprend en un sens « non péjoratif » comme ce « qui s’annonce à nous dans le mot grec τέχνη », lequel est un « savoir [Wissen] » qui « consiste à pouvoir “mettre-en-œuvre” l’être au titre d'un étant à chaque fois tel et tel ». À ce stade, la puissance ou le pouvoir violent de la τέχνη ne dégénère pas encore en puissance sans mesure, en violence déchainée ou en sauvagerie barbare. C’est en ce point que se noue le lien entre la réflexion sur la Machenschaft et la τέχνη d’un côté et la pensée heideggérienne de l'œuvre d'art de l’autre.Ce serait donc dans ce premier pas encore imperceptible, dans ce “premier commencement” que, de manière “destinale”, se serait amorcé ce qui ne se réalisera pleinement que bien plus tard comme accomplissement de la métaphysique : le règne de l’essence de la technique moderne. Cet empire de la Machenschaft, devenu celui du Gestell, s’atteste notamment dans le fait que, pour l'homme contemporain, il n'y a plus d'objets, autrement dit plus de choses qui lui font face (en allemand, Gegenstände). L’homme arraisonné par le Dispositif a affaire désormais à des choses qu’il a toujours déjà prises en vue comme fonds ou stock disponible (en allemand, Bestände) : « Ce qui se tient au sens du fonds disponible [Bestand] ne se tient plus en nous faisant face comme objet [Gegenstand] [GA 7, 17- Essais et conférences, « La question de la technique », p. 23]. La sur-puissance initiale de la nature, vidée de sa puissance propre (l’Entmachtung) est, au terme du processus, supplantée par la “puissance de sommation” du Gestell. Cette puissance n’est pas le fait de quelques uns (les « chefs » ou tous ceux qui croient pouvoir en contrôler le déchaînement). Le danger qui menace essentiellement l’homme est qu'il n’atteigne pas son propre (ni dans son agir, ni dans sa parole, ni dans rapport aux choses) et soit exproprié de son être.
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CYBERNÉTIQUE |
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CYBERNÉTIQUE, subst. fém.
Science qui utilise les résultats de la théorie du signal et de l'information pour développer une méthode d'analyse et de synthèse des systèmes complexes, de leurs relations fonctionnelles et des mécanismes de contrôle, en biologie, économie, informatique, etc. La cybernétique mécaniste; les automates, les postulats de la cybernétique; un congrès de cybernétique. La cybernétique pose l'angoissante question des robots, capables de surpasser l'homme dans ses mécanismes mentaux (Huyghe, Dialogue avec visible,1955, p. 392).La cybernétique mécanise les problèmes neurologiques (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 2, 1964, p. 661).Acquisitions de la cybernétique et de la sociologie des communications (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 424):
La cybernétique représente un des progrès les plus remarquables de la technique, de la science et de la philosophie contemporaines. Les postulats mécanistes abandonnés, on ne se trouve pas en présence de la cybernétique, moins quelque chose. On a au contraire la cybernétique, plus un procédé puissant pour explorer les problèmes de la vie et de la conscience... Ruyer, La Cybernétique,1954, p. 236.
− Emploi adj. Propre à la cybernétique, relevant de la cybernétique. Opération cybernétique; conception, esprit, interprétation, pensée cybernétique; modèles cybernétiques. On notera enfin que les organes cybernétiques remplacent l'homme dans l'exécution d'opérations mentales : ce sont des « machines à penser » (Couffignal, Mach. penser,1964, p. 67).Comme une machine l'est [« informée »], au sens cybernétique, par une autre machine (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 427).Le simulateur cybernétique va d'ailleurs beaucoup plus loin dans la déshumanisation (David, Cybern.,1965, p. 94).
♦ P. plaisant. Finalement Charles (...) s'approche lentement de l'écouteur, puis (...) il profère ce mot cybernétique : Allô (Queneau, Zazie,1959, p. 151).
Rem. 1. Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e-Lar. encyclop., Littré, Guérin 1892, Quillet 1955, Lar. Lang. fr. attestent aussi le subst. fém. au sens vx de « partie de la politique qui s'occupe de l'art de gouverner, dans la classification d'Ampère ». 2. Gilb. 1971 et la docum. attestent les dér. suiv. a) Cybernétiser, verbe trans. ,,Appliquer la cybernétique`` (Gilb. 1971). Attesté par la docum. uniquement au part. passé en emploi adj. Le droit administratif est actuellement la partie la plus « cybernétisée » du droit (David, Cybern., 1965, p. 141). b) Cybernétisation, subst. fém. ,,Application de la cybernétique (à une technique)`` (Gilb. 1971). La cybernétisation de la gestion administrative (David, op. cit., p. 140).
Prononc. : [sibε ʀnetik]. Étymol. et Hist. I. 1834 « étude des moyens de gouvernement » (A.-M. Ampère, Essai sur la philos. des sc., 1repart., Tableau synoptique des sc. et des arts). II. 1948, 28 déc. « étude des processus de contrôle et de communication chez l'être vivant et la machine » (Père Dubarle ds Le Monde, p. 3 d'apr. trad. de l'angl. de N. Wiener, Cybernétique et Société [Cybernetics and Society. The Human Use of Human Beings], Deux Rives, 1952, p. 258 : Une nouvelle science : La Cybernétique. Vers la machine à gouverner?). I empr. au gr. κ υ ϐ ε ρ ν η τ ι κ η ́ « art de piloter; art de gouverner ». II empr. à l'angl. cybernetics de même orig. que I, réintroduit par le mathématicien américain N. Wiener [1894-1964] attesté en 1948 (N. Wiener, Cybernetics, 19 ds NED Suppl.2: We have decided to call the entire field of control and communication theory, whether in the machine or in the animal, by the name Cybernetics). Fréq. abs. littér. : 14. Bbg. Ac. Fr. Dict. de l'Ac. Préparation de la 9eéd. Banque Mots. 1973, no5, p. 98. − Dub. Dér. 1962, p. 51. − Heyde (J. E.). Kybernetes = « Lotse »? Ein terminologischer Beitrag zur Kybernetik. Spr. Techn. Zeitalter. 1965, t. 15, pp. 1274-1286. − Rat (M.). Les Lettres de noblesse de la cybernétique. Vie Lang. 1955, p. 447.
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